Capteurs, appareils, caméras : comment s’intègrent les objets de santé connectés dans le quotidien des professionnels de santé ?

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À l’ère du numérique et de la E-santé, les objets de santé connectés sont en pleine expansion et font partie intégrante de la télésanté1. Optimisation de l’hygiène de vie, amélioration de la surveillance des patients atteints de maladies chroniques, renforcement de la prévention ; ces appareils pourraient devenir des outils incontournables pour les patients et les professionnels de santé. Ils incarnent toutefois un nouveau défi en termes d’innovation et de réglementation1-4. Mais quels sont leurs domaines d’application ? Comment les professionnels de santé utilisent-ils ces équipements dans leur pratique quotidienne ? Quelles sont les limites de ces technologies ?

Qu’est-ce qu’un objet connecté ?

La notion d’objet connecté ne bénéficie pas encore d’une définition spécifique. D’après la HAS (Haute Autorité de Santé), il s’agit d’un dispositif connecté à l’Internet (iot) capable de collecter, stocker, traiter et diffuser des données ou pouvant accomplir des actions spécifiques en fonction des informations reçues5. Dans le contexte médical, ces objets sont souvent dotés d’un ou de plusieurs capteurs permettant de mesurer un paramètre physiologique ou biologique précis (tension, température, mobilité…). Les données analysées peuvent ensuite informer ou alerter l’utilisateur et/ou son médecin référent via différents systèmes (smartphone, tablette, ordinateur, …)2 capables de passer par divers réseaux (notamment la 4G, 5G…).

À ce jour, on distingue deux gammes d’objets connectés2 :

Les domaines d’application des objets de santé connectés

Les usages et objets de santé connectés présentés ci-dessous ne sont pas exhaustifs.

Le dépistage en oncologie

Des objets connectés innovants ont notamment été développés pour favoriser un dépistage précoce dans le domaine de l’oncologie :

Les fabricants sont des étudiants de l’EPFL (École Polytechnique Fédérale de Lausanne) qui ont mis au point SmartBra, un textile intelligent. Ce soutien-gorge connecté vise une détection précoce des cancers du sein via l’utilisation d’ondes ultrasonores qui permettent « un monitoring fréquent, non-invasif et indolore »6.

C’est le Pr Sadeghi de l’université de Surrey au Canada qui a développé un microscope se fixant sur l’objectif des smartphones et permettant de photographier en gros plan des tâches et/ou grains de beauté suspects sur la peau. Les patients peuvent alors obtenir un diagnostic rapide après transmission des images à leur médecin7.

Le suivi des maladies chroniques

Les objets connectés (caméras, thermostat, thermomètre…) peuvent également être utiles pour le suivi des patients atteints de maladies chroniques. En effet, ils peuvent permettre aux professionnels de santé d’avoir accès à des données précises sur l’évolution de leurs patients entre deux consultations1 :

Un capteur de glycémie connecté permet de prendre une mesure directe de la glycémie. Les personnes diabétiques et les médecins peuvent ainsi contrôler régulièrement d’éventuels déséquilibres (hyper/hypoglycémie) et adapter le traitement du patient1,7.

Cet appareil connecté permet de déterminer la tension artérielle à tout moment ; un paramètre important à contrôler de manière systématique pour les personnes souffrant d’insuffisance rénale chronique, de maladies cardiovasculaires ou de diabète1,2,7.

Les balances impédancemètre permettent un calcul automatique de l’IMC (Indice de Masse Corporelle) ainsi que de la répartition des différentes masses corporelles (graisseuse, osseuse, hydrique, viscérale, …) grâce à des électrodes placées sous les pieds7. Ces informations peuvent être nécessaires aux professionnels de santé pour s’assurer de la stabilité du poids de leurs patients, notamment atteints d’insuffisance cardiaque chronique1.

Une intégration nuancée à la pratique médica

Les limites & les défis de demain

Des freins majeurs restreignent les professionnels de santé à utiliser des objets de santé connectés dans la sphère professionnelle :

Sécurité des données

Le principal obstacle à la démocratisation de tels objets dans la pratique médicale est le manque de confiance numérique des professionnels de santé. Bien que ces objets connectés doivent respecter la réglementation RGPD en vigueur, 40 % des professionnels de santé déclarent avoir une crainte quant au secret médical et à la sécurité des données de santé collectées2,3.

Régime de responsabilité

Une autre difficulté qui entrave l’intégration quotidienne de ces objets pour près de 34 % des médecins réside dans le manque de clarté du régime de responsabilité (par exemple si l’objet connecté recommandé par un médecin était en partie responsable de la dégradation de l’état de santé d’un patient)3,4. La mise en place d’une juridiction dédiée, claire et appropriée sur le régime de responsabilité représente donc un enjeu majeur pour le développement et l’utilisation des objets de santé connectés en France1,4, et ce notamment dans divers secteurs.

Fiabilité non démontrée

Aujourd’hui, il n’existe pas d’approches consensuelles d’évaluation ou de label de qualité pour les objets de santé connectés ne bénéficiant pas du statut de dispositif médical2,5. Les professionnels de santé doivent donc faire preuve de vigilance pour distinguer les objets connectés validés par des études cliniques de ceux qui ne le sont pas1.

L’utilisation des objets de santé connectés par les professionnels de santé revêt donc des problématiques spécifiques quant à la protection des données, la réglementation en vigueur, mais aussi l’avenir de la relation patient-médecin1,3. Par ailleurs, la place de ces objets dans la pratique médicale reste à clarifier (Qui doit analyser les données recueillies ? Qui est autorisé à consulter ces données ? Comment rembourser le suivi à distance ?) pour favoriser une adoption plus massive des objets de santé connectés par les professionnels de santé3.


Références

(1) Moulin T, Simon P. E-santé – Objets connectés et télémédecine. La Lettre du Gynécologue (2016) N°402:p32-42

(2) Assurance Prévention. Santé et objets connectés (2019) : https://www.cite-sciences.fr/fileadmin/fileadmin_CSI/fichiers/au-programme/lieux-ressources/ cite-de-la-sante/_documents/Ressources/Brochures/Sante_objets_connectes.pdf

(3) MACSF. Les professionnels de santé et les objets connectés (2016)

(4) Siranyan V, Toucas O. L’évolution des normes face au développement des objets de santé connectés. Méd Droit (2018).

(5) HAS – Haute Autorité de Santé. Référentiel de bonnes pratiques sur les applications et les objets connectés en santé (Mobile Health ou mHealth). Évaluation et amélioration des pratiques (2016) : https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2016-11/has_ref_apps_oc.pdf

(6) EPLF. Un soutien-gorge intelligent pour détecter le cancer du sein (2020) : https://actu.epfl.ch/news/un-soutien-gorge-intelligent-pour-detecter-le-canc/ Dernière consultation : juillet 2022.

(7) Gayard Auzet I. Les 12 données de santé obtenues grâce aux objets connectés. e-santé.fr (2017) : https://www.e-sante.fr/12-donnees-santhas-no-margin-tope-obtenues-grace-objets-connectes/actualite/194709 Dernière consultation : juillet 2022.

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