Premiers résultats de l’étude française CORONADO

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Le diabète est un enjeu dans le contexte de la pandémie de COVID-19. En effet, très rapidement, il est apparu avec les premières données épidémiologiques chinoises que la présence d’un diabète était un facteur de risque de sévérité de l’infection COVID-19.

Comme la population de diabétiques est très hétérogène, il était d’un intérêt majeur de déterminer les facteurs de risque et les caractéristiques phénotypiques des patients diabétiques associés à la progression vers une infection COVID-19 plus grave et potentiellement mortelle.

C’est pour répondre à cette question qu’a été mise en place en urgence en France l’étude CORONADO, une étude observationnelle, essentiellement rétrospective. La première réussite de cette étude a été la mise en place en seulement 2 semaines d’un formidable réseau rassemblant 68 centres de diabétologie, publics et privés, en métropole et en outre-mer, grâce au relais des sociétés savantes. La participation bénévole de tous les centres et la mobilisation exemplaire des agents de la recherche clinique hospitalière, ont également permis l’inclusion de près de 3000 patients diabétiques au final en seulement 20 jours, alors que l’objectif initial était de 300 patients.

Pour ces premières analyses, le critère principal combiné de l’étude est l’intubation trachéale pour une ventilation mécanique et/ou le décès dans les 7 jours suivant l’admission. Des régressions logistiques multivariables ajustées selon l’âge et le sexe ont été effectuées pour évaluer la valeur pronostique des caractéristiques cliniques et biologiques avec le critère d’évaluation.

Les premiers résultats portent sur les sujets pris en charge entre le 10 et le 31 mars, soit 1317 patients, ils décrivent :

  • Le profil-type des patients : L’âge moyen des patients diabétiques hospitalisés est de 70 ans. 35% sont des femmes et 65% des hommes. La majorité des sujets hospitalisés présentent un diabète de type 2 (89%).
  • Les complications et les risques à court terme : les complications microvasculaires (œil, rein et nerfs) sont présentes chez 47% des sujets de l’étude. On retrouve des complications macrovasculaires (atteinte artérielle cardiaque, cérébrale ou périphérique) chez 41% des patients analysés.

Ce que l’on apprend :

  • Dans les 7 jours suivant leur admission à l’hôpital, 29% des patients diabétiques hospitalisés pour la COVID-19 ont été intubés ou sont décédés (critère primaire). Plus précisément, à J7, 20,3% des patients diabétiques ont été intubés pour être ventilés artificiellement en réanimation et 10,6% des patients sont décédés, alors que 18% ont pu regagner leur domicile.
  • L’IMC est indépendamment associé avec la sévérité de la COVID-19 (critère principal dans les 7 jours suivant l’admission à l’hôpital) dans l’analyse multivariée.
  • Le contrôle glycémique long terme (évalué par la mesure d’HbA1c) et les traitements chroniques (incluant les inhibiteurs sur système rénine-angiotensine-aldostérone et les traitements hypoglycémiants) ne sont pas associés avec la sévérité de la COVID-19.
  • L’âge, les complications micro et macrovasculaires, le traitement de l’apnée du sommeil, la dyspnée et certaines variables biologiques (augmentation des ASAT, de la CRP, diminution du DFG ou de la numération plaquettaire à l’admission) sont indépendamment associés avec le risque d’une mort précoce chez les patients diabétiques hospitalisés pour la COVID-19.

Comment cela impacte la pratique dans le futur :

  • Les facteurs de risque de forme sévère de la COVID-19 sont identiques à ceux que l’on retrouve dans la population générale : âge et corpulence 
  • Les sujets diabétiques avec des complications sont à plus fort risque de décès en cas de COVID-19 
  • L’insuline comme les autres traitements du diabète, ne sont pas un facteur de risque de forme sévère de COVID-19. Les traitements doivent être poursuivis.

Une attention particulière doit être accordée aux personnes âgées atteintes de diabète de longue dateet présentant des complications diabétiques avancées, qui présentent un risque accru de décès par COVID-19 et nécessitent donc une prise en charge spécifique stricte pour éviter la contamination par le SRAS-CoV-2.Cette publication scientifique dans une revue de référence signe la première étape d’un travail plus vaste de recueil et d’analyse de données sur l’ensemble de la cohorte, pour un suivi prévu jusqu’au 28ème jour suivant l’admission à l’hôpital.

Parallèlement, cette étude pourrait s’étendre à l’analyse d’autres questions importantes telles que l’impact de la COVID-19 sur la consommation de soins et les complications du diabète à distance de l’hospitalisation, ainsi qu’à une comparaison des données chez les personnes diabétiques avec celles des patients non-diabétiques, et à l’impact des différents traitements précédent l’inclusion à l’hôpital. Enfin, le réseau CORONADO français pourrait s’ouvrir vers plusieurs pays de la francophonie.