La prise en charge de la dysfonction érectile du patient diabétique de type 2

20/08/2021

La dysfonction érectile (DE) concerne près d’un tiers des diabétiques, et la moitié de ceux dont la maladie évolue depuis dix ans. Si, à l’officine, un patient fait allusion à ce type de problème, il faut l’encourager à en parler à son médecin. Car si la dysfonction érectile altère la qualité de vie, c’est aussi le signal d’une atteinte cardiovasculaire qui doit être gérée médicalement. Le diabète favorise la DE notamment en abîmant l’endothélium vasculaire ainsi que les neurones (neuropathie diabétique). D’autres pathologies fréquentes chez les diabétiques de type 2 y contribuent, telles que les facteurs de risque cardiovasculaires (hypertension artérielle, tabagisme, dyslipidémie…), certains médicaments (antihypertenseurs, par exemple) et des troubles psychologiques (anxiété, dépression).

Une fois confirmé le diagnostic de DE, la prise en charge comporte un bilan biologique (HbA1c, bilan lipidique, NFS, ionogramme et dosages hormonaux à la recherche notamment d’un déficit androgénique), le rééquilibrage de la glycémie, le traitement spécifique de la DE et un accompagnement psychologique. Les inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 (IPDE5) sont envisagés en 1ère intention ; ces vasodilatateurs provoquent une rigidité durable du muscle pénien en favorisant l’afflux de sang dans le corps caverneux. Mais ce ne sont pas des aphrodisiaques (si l’homme n’éprouve pas de désir, il n’aura pas d’érection), certaines conditions physiques les rendent inopérants (pathologies vasculaires ou neurovégétatives sévères) ou les contre-indiquent (prise de dérivés nitrés, neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique) ou imposent un avis cardiologique (en cas de risque cardiovasculaire élevé). Tout sujet essoufflé à la montée de deux étages ne doit pas prendre ce médicament sans l’avis d’un cardiologue.

Pour toutes ces raisons, mieux vaut une prescription de médecin, la garantie du pharmacien lors de la délivrance, et un médicament contrôlé par l’ANSM, plutôt qu’un achat sur internet.

Le traitement mécanique avec le vacuum (érecteur à dépression) est une solution si le patient le tolère ; il nécessite une bonne complicité dans le couple et un minimum de dextérité. Les injections intracaverneuses ont une efficacité indépendante de toute stimulation sexuelle ; elles sont prises en charge par l’Assurance maladie si les troubles érectiles sont en rapport avec une neuropathie diabétique avérée. Les gels intra-urétraux de prostaglandines ont l’avantage d’être simples à utiliser et d’avoir une efficacité indépendante de l’étiologie de la DE. En cas d’échec des traitements médicamenteux, la pose chirurgicale d’un implant pénien est une solution ; mais le diabète augmente le risque d’infection sur prothèse et le traitement n’est pas remboursé par l’Assurance maladie.

Enfin, l’accompagnement du patient est indispensable et une prise en charge sexologique spécifique peut s’avérer nécessaire chez ces patients ayant une maladie chronique.

Véronique Canac

Phé V et Rouprêt M : Étiologie et prise en charge de la dysfonction érectile chez le patient diabétique. Progrès en urologie 2009, 19 : 364 – 371.

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