Répondre aux inquiétudes des patients sur les vaccins

20/08/2021

> Construire une relation durable avec mes patients

Malgré le succès de la vaccination, le taux de couverture est en France l’un des plus faibles d’Europe. Un problème complexe, à discuter avec les patients, en attendant les réponses des autorités de santé.

Un problème complexe.

Les doutes relatifs aux vaccins s’expliquent en grande partie par l’information disponible sur Internet. Elle provient d’un certain nombre de groupes qui s’opposent à la vaccination et qui avancent masqués, par exemple “suretevaccins.com“, “infovaccin.fr” ou “infovaccins.ch“. Ces derniers ont des noms très proches du réseau coordonné InfoVac.fr, qui est géré par le Groupe de pathologie infectieuse pédiatrique (GPIP) l’Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA) et la Société française de pédiatrie (SFP). Certaines personnes ont également en tête les rumeurs rapprochant la vaccination rougeole-oreillons-rubéole (ROR) à l’autisme. Une controverse ancienne, maintes fois démentie par la communauté scientifique. Mais il n’est pas surprenant que vos patients en aient entendu parler, tant elle réapparaît régulièrement. Aux États-Unis, le président Donald Trump a lui-même évoqué à plusieurs reprises ce lien pendant la campagne présidentielle. Et en Europe, Andrew Wakefield, le chercheur à l’origine des travaux truqués qui ont établi ce lien en 1998, a récemment été invité en février dernier par l’eurodéputée Michèle Rivasi à présenter son film “Vaxxed : from cover-up to catastrophe” au Parlement européen. Suite à la polémique, l’événement s’est finalement tenu dans un autre endroit. Enfin certains patients évoquent des raisons individuelles, religieuses ou culturelles, l’utilisation de médecines douces et une mauvaise connaissance des contre-indications.

Des réponses en attente.

Du côté des autorités de santé, plusieurs réponses restent en attente. Le Conseil a ordonné fin février au ministère de la Santé de rendre disponibles des vaccins DTPolio trivalents sous 6 mois. Des précisions sur les moyens d’y parvenir, en élargissant le champ des vaccinations obligatoires ou en imposant la vente d’un vaccin trivalent à la place des vaccins hexavalents ou pentavalents, sont encore attendues. Le nouveau comité technique des vaccinations de la Haute Autorité de santé (HAS), mis en place en mars 2017 devrait également apporter certaines réponses au cours des prochains mois. En attendant, il convient de noter que le régime d’obligation tend à disparaître au profit des recommandations. C’est d’ailleurs la conclusion de la récente concertation citoyenne sur les vaccins, qui plaide dans son rapport final pour la levée de l’obligation vaccinale. Un objectif qui ne pourra toutefois être atteint qu’en restaurant d’abord la confiance de la population. “Pour ce faire, le comité préconise un élargissement temporaire du caractère obligatoire des vaccins recommandés de l’enfant, assorti d’une clause d’exemption et de leur gratuité”.

Une obligation toujours présente.

En attendant des précisions sur la politique vaccinale, la vaccination pédiatrique reste une obligation. En cas de désaccord des parents, le médecin doit être en capacité de fournir la preuve qu’il a donné l’information nécessaire. Cellc-ci pourra être demandée par un tribunal en cas de litige ultérieur. Il est donc obligatoire d’inscrire le refus des parents et les risques s’y afférant dans le carnet de santé et le dossier médical de l’enfant. Il pourrait être également utile, à titre de précaution, d’établir un formulaire de refus de soins et de le faire signer aux parents. Théoriquement, les parents pourraient alors être poursuivis selon l’article du code pénal sur la privation de soins au point de compromettre la santé. Un texte toutefois difficile à appliquer aujourd’hui du fait de l’indisponibilité des vaccins obligatoires seuls. Notons toutefois qu’en janvier 2016, un couple a été condamné par le tribunal correctionnel d’Auxerre à deux mois de prison avec sursis pour n’avoir pas fait vacciner leurs deux enfants, notamment leur fille aînée, alors âgée de 4 ans.

Écouter.

Face aux refus de certains parents, l’écoute et la compréhension des causes du problème permettent d’obtenir en retour une meilleure attention à vos arguments. Les gens perçoivent souvent la société dans laquelle ils vivent comme moins à risque vis-à-vis des maladies infectieuses, et peuvent être très sensibles à une histoire négative rapportée par les médias, la famille ou une connaissance. À partir de là, il convient de replacer les maladies infectieuses dans leur histoire et d’insister sur la nécessité du maintien d’une couverture vaccinale élevée. L’efficacité des vaccins peut être rappelée, tout comme les risques d’une non-vaccination. Attention de ne pas oublier d’expliquer aussi les effets secondaires, pour éviter l’inquiétude des parents en cas de fièvre de leur enfant. Certains documents, comme le dépliant de l’INPES “Planète vaccination“, peuvent apporter une aide précieuse.

Encourager le dialogue entre patients.

Face aux patients septiques sur l’intérêt de la vaccination, une récente étude publiée dans le journal Health Promotion Practice conseille aux médecins de demander aux parents qui vaccinent leur enfant d’en discuter dans leur entourage de façon positive. Cette discussion peut se faire dans les garderies, les écoles, les activités périscolaires ou même à travers les médias sociaux. “Faire comprendre aux gens combien de personnes sont vaccinées est un argument très puissant”, explique l’auteur de l’étude Clarissa Hsu, de la Kaiser Permanente Washington Health Research Institute. Au cours des trois années de l’étude, le nombre de parents qui se décrivent comme “hésitants sur la vaccination” est ainsi passé de 23% à 14%. Et le nombre de parents qui se déclarent inquiets des personnes qui ne vaccinent pas leurs enfants est passé de 81% à 89%.

Les nouveautés du calendrier vaccinal.

Le calendrier vaccinal 2017, présenté fin avril, introduit plusieurs modifications préconisées par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP). Il propose d’abord la vaccination contre les papillomavirus humains aux hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes jusqu’à 26 ans. Chez les jeunes filles et les jeunes femmes non vaccinées antérieurement, le HCSP recommande d’initier la vaccination par le vaccin monovalent. Contre le méningocoque C, l’âge de la primo-vaccination est abaissé transitoirement à 5 mois, avec une deuxième injection à l’âge de 12 mois. Pour le BCG, les autorités de santé recommandent le vaccin au cours du 2e mois, à l’exception des nouveau-nés de Guyane et de Mayotte, pour lesquels la vaccination est recommandée avant la sortie de la maternité. Le calendrier simplifie par ailleurs les recommandations vaccinales contre les infections à pneumocoque pour les enfants âgés de 5 ans et plus et propose des schémas de vaccinations alternatifs, compte tenu des difficultés d’approvisionnement rencontrées pour certains vaccins. Il s’agit alors de répondre aux cas particuliers, en définissant les patients prioritaires pour certains vaccins peu disponibles et en adaptant le nombre de doses.

Pour aller plus loin :

Des informations à conseiller aux patients :

– Le site d’information du gouvernement sur la vaccination :

http://www.vaccination-info-service.fr/

– La plaquette de l’INPES qui explique aux patients l’intérêt de la vaccination :

http://inpes.santepubliquefrance.fr/CFESBases/catalogue/pdf/1278.pdf

– L’histoire de la vaccination racontée par le Larousse :

http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/vaccination/100537

Vérifier la disponibilité des vaccins sur Infovac-France :

https://www.infovac.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=644&catid=8&Itemid=113

S’informer sur le rôle de la nouvelle commission vaccin de la HAS :

http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2742985/en/vaccination

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