T-REX : Retour d’expérience de 12 projets à l’échelle du Grand sud

5 min de lecture

Date de publication : 25/03/2022

“Les pharmaciens montrent que le management est une activité clinique”

Après une première webcast nationale le 22 juin 2021, les acteurs du projet T-REX (voir encadré) organisaient le 13 octobre à l’échelle du Grand Sud, régions Occitanie, PACA et Corse, leur première webconférence régionale avec les retours d’expérience de 12 projets. Marc Frachette, consultant-chercheur, président de Cap 02, société de conseil et d’ingénierie en management sanitaire et membre du comité de pilotage de T-REX revient sur cette première réunion régionale.

Du point de vue des sciences de gestion, quel premier enseignement tirer de cette réunion régionale ?

Marc Frachette : Tous les projets présentés partent d’une approche inductive de terrain pour construire de nouveaux modes de management plus agiles : observer les faits en élaborant ensuite collectivement un plan de traitement, un plan d’actions ; c’est une approche clinique du management ! Et c’est une bonne approche, le management étant souvent vécu comme un peu aride dans un environnement très administré comme la santé.

Dans un projet de soirées thématiques d’échanges et de formation au CH du bassin de Thau *, tout part du volontarisme d’une préparatrice…

C’est une démarche participative réussie. Reste à structurer les choses pour pérenniser un dispositif initialement basé sur le volontariat. Avec un élément intéressant : la place de la concertation dans les entretiens d’évaluation. Et une précaution indispensable : tous ces dispositifs participatifs doivent être régulièrement évalués.

Le CHU de Nice nous a présenté l’utilisation du “Lean management” pour améliorer la qualité de vie au travail. C’est contre-intuitif !

En effet, le Lean management vise à améliorer des processus. Conceptuellement, son but n’est pas de se préoccuper du facteur humain. En tant que scientifiques, les équipes pharmaceutiques ont réussi ici à adapter ces dispositifs d’ingénierie pour les appliquer au social. D’autres approches, comme la théorie socio-économique, proposent d’améliorer l’équilibre social et économique. La qualité de vie au travail est aujourd’hui une préoccupation clé du management qui mérite d’intégrer différentes démarches, surtout en temps de crise : climat social instable, conduite du changement et mode projet ne font pas bon ménage…

Que dire de l’importance de la communication qui ressort de ce projet comme de l’initiative pluridisciplinaire du CEPRIM (Centre d’évaluation et de prévention du risque iatrogène et médicamenteux) au CHU de Nîmes ?

Dans un univers encore très cloisonné comme l’hôpital, la qualité de la communication est encore plus importante. En sciences de gestion, on parle de communication/coordination/concertation à doser dans chaque phase projet. Il s’agit en fait de mettre en place une ingénierie de la coopération pour faire avancer les projets. Avec le CEPRIM, on voit aussi l’importance d’une stratégie de communication multicanale pour toucher la ville, CPTS et URPS notamment.

Dans le registre organisationnel, les projets présentés par le CH de Bastia (coordination du groupement d’achat régional et cartographie des antidotes) et l’AP-HM (circuit Rétrofficine) ont mis en évidence des outils et méthodes assez proches de l’item managérial…

Oui, on voit le poids de la coordination dans ces projets, avec une importante dimension “gain de temps”. On sait que, sur des projets transversaux complexes, on a en moyenne 25 à 30% de temps gaspillé. Mais les sciences de gestion montrent aussi que l’on peut en récupérer une bonne partie en veillant à ce que l’on intitule les “3C” (théorisés par Savall et Zardet) : coordination, communication, concertation dès la fixation des objectifs.

Que nous disent, en matière d’agilité des organisations, les projets plus “pharmacotechnie” de fabrication de masques jetables (CHU de Toulouse), de préparation de curares (CHU de Nîmes) et de préparation de solutions buvables d’anticancéreux (Oncopole de Toulouse) ?

C’est souvent en sortant d’un secteur que l’on innove, avec la création d’un écosystème. En sciences de gestion, on parle aussi de “décentralisation synchronisée” : il est plus efficace d’avoir de petites unités bien coordonnées plutôt qu’une massification des moyens organisationnels.

Ressort ici une autre question : qui pilote les normes, l’expert ou le manager ? L’avantage du pharmacien-gérant est d’avoir la casquette réglementaire et technique, mais aussi celle de manager qui doit savoir arbitrer ces normes.

Trois projets de pharmacie clinique étaient présentés : Avalpa, destiné à trouver des alternatives médicamenteuses en cas de troubles de la déglutition (CH de Lézignan-Corbières) ; vaccination anti-Covid des dyalisés dès le début 2021 (NephroCare dans le Gard) ; et une plateforme multidisciplinaire de prise en charge des thérapies cancéreuses orales (Institut du cancer d’Avignon-Provence). Là encore, l’enjeu de la coordination saute aux yeux…

Aux Hospices civils de Lyon, une expérimentation a démontré que quatre heures de temps pharmaceutique investi dans les unités de soins fait gagner 11 heures de temps soignant (Zardet V, Frachette M, Dussossoy E, Leboucher G). Or, l’amélioration des processus médico-pharmaceutiques permet de dégager du temps pour la pharmacie clinique. C’est pourquoi on commence toujours en sciences de gestion par travailler sur des cartographies holistiques des métiers et par anticiper comment organiser la pratique des activités demain. Le coup d’après consiste à formaliser des bonnes pratiques en mode projet et en management pour pérenniser les projets : qualité de coopération, intégration des normes, indicateurs dynamiques y compris qualitatifs, approche scientifique ouverte et de terrain… Les pistes à suivre étaient clairement là dans ces projets Grand Sud.

Propos recueillis par François Silvan

Ce projet T-REX va se poursuivre avec les prochaines réunions régionales et sera suivi d’un ouvrage de recommandations, l’enjeu étant de conserver une dynamique dans les actions des équipes pharmaceutiques et de capitaliser.

*Pour retrouver toutes les initiatives évoquées dans cet article en détail, retrouvez le diaporama les présentant sur le site de la SFPC en cliquant ICI. (https://sfpc.eu/t-rex/)

Savall H, Zardet V. Maitriser les coûts et les performances cachés, Economica, 4e édition, novembre 2003, Paris

Zardet V, Frachette M, Dussossoy E, Leboucher G. Améliorer la présence pharmaceutique auprès des unités de soins sur la gestion des dotations de médicaments : apports de la recherche-intervention socio-économique, CALASS, septembre 2017, Liège


Merci “Thank Pharma” !

Rappelons que le projet T-REX est porté par un collectif de pharmaciens hospitaliers soutenu par la Société française de pharmacie clinique : le think tank “Thank Pharma”, né en 2019 avec en ligne de mire des projets d’actions en management transposables basés sur des retours d’expériences. T-REX en est le premier volet destiné à capitaliser sur l’expérience Covid.

Les ambassadeurs T-REX des régions Occitanie, PACA et Corse sont Philippe Cestac du CHU de Toulouse, Rémy Collomp du CHU de Nice, Stéphane Honoré de l’AP-HM, Jean-Marie Kinowski du CHU de Nîmes.