INTERVIEW – Jean-Louis Talansier, pharmacien gérant de la PUI d’Uneos (Metz) : « Déménagement : repenser son organisation et ses flux logistiques »

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A l’automne 2020, les Hôpitaux privés de Metz, groupe hospitalier associatif, deviennent Uneos. Plus qu’un changement de nom, il s’agit d’une véritable restructuration architecturale avec, dans le même temps, la création d’une Maison de la cancérologie. A la clé, le déménagement de la pharmacie à usage intérieur (PUI) accompagné de bouleversements et questionnements logistiques et organisationnels, explique Jean-Louis Talansier, pharmacien gérant.

Quelle a été l’ampleur de la réorganisation au sein d’Uneos ?

Sur nos trois hôpitaux, le site de Sainte-Blandine au centre de Metz (orienté notamment SSR, gériatrie et psychiatrie) a été fermé. Ses services ont été redéployés sur le site principal de Robert Schuman et sur celui de Belle-Isle, également situé au centre-ville. L’aile supplémentaire construite sur Robert Schuman accueille notamment la Maison de la cancérologie, avec les services d’onco-hématologie transférés depuis Belle-Isle. C’est dans ce contexte que la pharmacie et l’unité centralisée de préparation des chimiothérapies (UCPC) ont déménagé de Belle-Isle vers le site Robert Schuman, passant donc de deux antennes à une seule. La stérilisation a toujours été centralisée sur le site Robert Schuman, là où se situait déjà la majorité des salles de bloc.

Comment avez-vous adapté vos flux logistiques ?

Nous avons revu notre circuit logistique pour les services de Belle-Isle avec un prestataire chargé de l’acheminement des médicaments, dispositifs médicaux et de l’instrumentation du bloc, avec trois navettes par jour. Nous préparons des bacs au nom du service qui sont ensuite fermés et rangés dans des armoires elles-mêmes identifiées au nom des services. De même, sur le site principal, la construction d’un ascenseur reliant la pharmacie à l’arsenal du bloc nous a obligés à réviser les flux.

Nous avons revu le fonctionnement des équipes entre les trois secteurs : médicaments, dispositifs médicaux et chimiothérapies. Ces mutations nous ont permis de nous requestionner sur différents circuits pratiques, par exemple sur les dispensations nominatives où nous avons exploité le dossier patient informatisé (DPI) pour faciliter la préparation des ordonnances par nos préparateurs.

Côté approvisionnement, le changement de site de la PUI nous a obligés à recréer des comptes auprès de tous les fournisseurs. Nous en avons profité pour revoir certaines lignes d’approvisionnement, nos capacités de stockage, nos profondeurs de stock, notamment sur les gros volumes.

La situation vous a-t-elle conduits à un questionnement sur l’automatisation, voire la robotisation ?

La question de la robotisation avait déjà été posée, mais dépendait de notre activité auprès des EHPAD du GCS IUNGO. En effet, ce groupement de coopération sanitaire regroupe neuf structures dont sept EHPAD sur le secteur de Metz. Une précédente étude sur l’utilisation d’un robot pour alimenter ces EHPAD en dispensation nominative n’était pas forcément concluante financièrement. De plus, la gestion des EHPAD a été réorganisée, avec l’externalisation de l’approvisionnement par des officines, dont certaines sont déjà équipées de robots. Dès lors, nous avions deux options : soit nous prenions en charge la totalité des EHPAD via un robot, soit nous laissions à une officine le seul EHPAD que nous approvisionnions encore en direct. C’est cette alternative qui a été choisie.

Cela étant, quand on voit l’ampleur des missions de pharmacie clinique demandées dans le cadre du décret PUI, il nous faudra sûrement repenser à l’automatisation afin d’être en mesure de libérer des préparateurs pour aller dans les services. A cette fin, il faudra envisager demain des automates interfacés avec nos logiciels pour préparer les demandes de dotations globales ou faire de la dispensation nominative.

Quelles mesures d’optimisation avez-vous prises en attendant ?

Pour l’instant, nous avons optimisé notre préparation nominative des traitements en exploitant notre DPI. Pour certains services, nous faisions de la dispensation nominative hebdomadaire en éditant ordonnance par ordonnance. Désormais, nous éditons des plans de cueillette issus du DPI pour faire gagner du temps aux préparateurs qui font ensuite leur répartition par patient. Ici aussi dans la perspective finale d’arriver à les faire sortir de la PUI pour venir en soutien des services sur l’approvisionnement et la gestion des armoires, mais aussi pour des missions de pharmacie clinique.

Etant en passe de changer de DPI, nous avons toutes ces réflexions en tête, car il faut absolument anticiper nos capacités d’interopérabilité pour que tout type d’outil sur l’ensemble du circuit, dont des robots, puisse être interfacé sans difficulté à tout moment.

Quelles ont été les implications pour la PUI de votre réorganisation en cancérologie ?

L’activité de cancérologie étant en constante augmentation depuis des années, nous avions atteint nos limites de fabrication sur notre ancien site. Avec la nouvelle unité, nous sommes passés de quatre postes de manipulation à six postes de manipulation répartis sur quatre isolateurs, ce qui nous offre plus de capacité de production et une plus grande latitude de fonctionnement. Cela nous a aussi conduits à réfléchir à la sécurisation du process de fabrication, notamment sur le contrôle des préparations vidéo assisté intégrant la reconnaissance des flacons et du matériel utilisé.

En revanche, nous n’avons pas encore le capacitaire suffisant pour nous doter de robots de fabrication, même si nous n’excluons pas à l’avenir de nous positionner en cas de poursuite de l’augmentation d’activité, ainsi que dans le cadre de sous-traitance avec d’autres établissements. Nous réalisions déjà une préparation anticipée la veille ou l’avant-veille pour réduire le temps d’attente des patients et optimiser l’HDJ. Les infirmières coordinatrices appelant les patients en amont pour les questionner et récupérer leurs bilans. Cette anticipation dépend évidemment de la stabilité des préparations et de leur coût.

Par ailleurs, nous ne faisons pas de “dose banding”, mais nous avons défini des paliers de doses standardisées dans le cadre de l’anticipation, ce qui permet de réattribuer des poches au besoin.

Propos recueillis par François Silvan