INTERVIEW – Philippe Breton, pharmacien au centre hospitalier de Blois : « Un guide pratique pour une vision globale des optimisations logistiques à proposer en URC »

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Après la sortie d’un premier guide sur la logistique hospitalière, les équipes de MSD ont pris l’initiative de publier en septembre 2021 un ouvrage collectif sur la “Sécurisation de la prise en charge médicamenteuse et logistique hospitalière – Les spécificités de l’oncologie”. Coauteur aux côtés de six autres experts, Philippe Breton, pharmacien au CH de Blois, pointe les réorganisations des URC rendues nécessaires en oncologie.

Qu’est-ce qui vous a conduit à vous investir dans ce guide ?

L’idée du guide était de réaliser un focus sur les spécificités de l’oncologie qui est à un tournant, avec notamment un enjeu de territorialisation des unités de reconstitution centralisée (URC) et l’arrivée des médicaments de thérapies innovantes imposant des contraintes nouvelles. Dans ce contexte, j’ai trouvé intéressante l’idée d’un guide pratico-pratique pour aider les confrères. Avec comme leitmotiv la sécurisation de ce circuit qui est à risque. Or, les aspects logistiques et d’optimisation, avec une mutualisation des moyens contribuent à cette sécurisation. MSD a fait appel à des professionnels pharmaceutiques répartis sur l’ensemble du territoire ayant différentes spécificités. J’ai pu partager mon expérience de pharmacien d’un centre hospitalier général, là où les autres auteurs sont surtout issus de grands centres.

Vous y abordez de nombreux aspects : équipements nécessaires, principes de reconstitution, organisation, formation et habilitation des personnels, gestion des déchets, coûts… L’oncologie pousse-t-elle les URC et les PUI à très largement se repenser ?

Oui, des réorganisations nous sont imposées à la fois réglementairement au niveau des GHT, mais aussi structurellement avec des files actives de patients qui augmentent en raison de la tendance à la chronicisation du cancer. On ne cesse de voir des publications avec de nouvelles indications pour les thérapies innovantes. Celles-ci, et les activités logistiques inhérentes à leur utilisation que les CHU ont mises en œuvre, arriveront sur les territoires des autres CH à moyen terme. Par ailleurs, les hôpitaux de jour (HDJ) dimensionnés il y a une dizaine d’années sont déjà obsolètes avec des taux de remplissage de 200-300%, et génèrent une grosse pression sur la production pharmaceutique. Ce guide a ainsi pour but de donner une vision globale des optimisations à proposer pour les URC. Je pense qu’il s’agit aussi d’un bon outil pédagogique pour nos jeunes confrères, pour les internes qui viennent pour la première fois en URC et envisagent ensuite de communiquer et publier.

On va visiblement vers une centralisation de la production. Est-ce un gage de sécurité ?

On diminue en effet le risque en centralisant une activité. Mais la centralisation nécessite elle-même un effort de sécurisation. La sous-traitance est basée sur un cadre normatif, une assurance qualité et des règles spécifiques à respecter, un circuit logistique dédié, et ce, dans le cadre de montées en charge conséquentes pour les URC. Il faut l’intégrer et l’anticiper.

D’ailleurs, l’anticipation de la fabrication d’un maximum de préparations devient essentielle pour lisser l’activité, limiter les pics générateurs de risque et de non-conformité. A cet égard, la sous-traitance participe à l’anticipation puisque nous demandons naturellement aux prescripteurs et aux unités de soins d’anticiper aussi en amont. C’est un tout. In fine, l’objectif est que le patient et la préparation arrivent quasiment en même temps en HDJ.

Peut-on parler de nécessaires gains d’efficience ?

L’efficience c’est la production de qualité, dans laquelle les coûts sont inclus. On peut aujourd’hui se comparer entre centres. Qu’on le veuille ou non, nous sommes dans des logiques concurrentielles. Sachant que les non-conformités ont aussi un coût, l’efficience est donc vertueuse. Anticiper au maximum au sein d’un circuit maîtrisé, produire vite et bien, et à un coût amélioré, ce dans un meilleur confort de travail grâce à un lissage de l’activité…, tout cela vous fait entrer dans un cercle vertueux.

Hors pédiatrie et cas particuliers comme l’obésité, il semble acquis que le dose banding est toujours faisable et facilite cette anticipation ?

Oui, tout à fait. Le dose banding est un outil qui participe à améliorer l’efficience de nos structures en proposant des gammes de doses adaptées à des profils de patients, avec possibilité de réattribuer des poches en cas de besoin. L’industrie pharmaceutique a déjà proposé des doses fixes pour la majorité des patients sur certains types de produits. C’est ce que nous faisons désormais à notre niveau pour des préparations récurrentes, ce qui permet là aussi de les anticiper.

Quel est l’enjeu de l’automatisation/la robotisation en URC ? Vous détaillez beaucoup ce volet, jusqu’aux caractéristiques, organisations spécifiques et coûts de chaque type de dispositif…

La robotisation ou l’automatisation doit être adaptée localement aux spécificités de votre activité. En revanche, je pense qu’il faut systématiquement et régulièrement vous poser la question de l’automatisation ou de la robotisation en fonction de l’évolution de l’activité, du rapport coût/investissement, des types de produits… L’automatisation permet aussi de réaliser des points de contrôles et de soulager le personnel, d’éviter les troubles musculosquelettiques liés à des gestes répétés.

Un mot sur la certification qualité, également abordée dans ce guide. Faudra-t-il en passer par là à l’avenir ?

C’est la grande question actuelle. Faudra-t-il un jour une certification ISO en sus de la certification HAS ? En se positionnant sur des organisations de sous-traitance territoriale et avec l’aspect normatif actuel, il devient de plus en plus difficile de passer outre une certification externe de notre système d’assurance qualité. La certification ISO en fait partie. C’est aussi un outil de communication auprès de nos autorités de tutelle et de nos directions, et un levier pour obtenir des moyens.

Propos recueillis par François Silvan