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Thuy Collomp, département pharmacie clinique du CHU de Nice : “Le pharmacien clinicien à l’appui du parcours personnalisé des patients allogreffés CSH”

4 min de lecture

Le CHU de Nice a mis en place depuis 2019 un parcours de prise en charge de patients allogreffés de CSH (cellules souches hématopoïétiques) intégrant l’intervention d’un pharmacien clinicien. Titulaire des DU en Médecine environnementale et de Conseil habitat santé, Thuy Collomp détaille son rôle dans ce suivi.

Comment avez-vous été amenés à développer le suivi personnalisé des patients ?

Cette démarche a débuté en 2019 via un appel à projets de l’ARS qui ciblait la qualité de l’air intérieur chez les patients immunodéprimés (QAIID), ici les allogreffés de CSH. Ce projet consistait à faire des mesures environnementales et des prélèvements à domicile et, selon les moisissures retrouvées, de diminuer la charge fongique du logement avant le retour du patient. Puis nous avons avancé pas à pas sur le suivi et le volet clinique.

Le parcours débute par un entretien pharmaceutique avec le patient et idéalement un aidant familial, lors de l’hospitalisation. Un questionnaire environnemental leur est proposé afin d’identifier les risques potentiels pour ces patients vulnérables à la sortie de l’hôpital. L’objectif est de prévenir des infections fongiques invasives. La famille est sollicitée et nous fournit des photos des pièces à vivre pour compléter cette enquête. Si nous estimons qu’un risque environnemental existe (humidité, présence manifeste de moisissures, plantes, animaux…) des conseils personnalisés leur sont donnés. Des boîtes de Petri leur sont fournies si l’environnement paraît chargé en moisissures afin que l’entourage puisse réaliser des impactions d’air par sédimentation, grâce à un tutoriel réalisé avec le mycologue du CHU. Les boîtes de Petri seront analysées et interprétées en pluridisciplinaire avec le mycologue, le pharmacien et l’hématologue. Ce dernier en tiendra compte afin d’adapter si besoin le traitement. Cette procédure sera élargie en 2023 à l’ensemble des patients allogreffés.

Concernant la prise en charge médicamenteuse, où se situe l’intervention clé du pharmacien clinicien ?

A l’issue du mois d’hospitalisation du patient, nous réalisons une conciliation médicamenteuse de sortie et un plan de prise personnalisé (plusieurs colonnes y figurent avec photo de chaque médicament, nom du générique à côté, classe du produit, mode d’action et moments de prises, aux repas ou en dehors…). Ce plan personnalisé est présenté et expliqué au patient, de préférence en présence de son aidant, lors d’un entretien pharmaceutique le jour de la sortie. Nous leur faisons préparer eux-mêmes leurs prises quotidiennes matin, midi et soir, mises sous forme de sachets journaliers avec les dates (ceci permettant au patient de gérer les changements de posologies selon les jours). L’important est de rendre le patient autonome dans la gestion de son traitement.

Trois jours de traitement lui sont fournis à sa sortie d’hospitalisation. Son pharmacien d’officine est contacté pour l’informer de la sortie de son patient. Nous lui transmettons alors l’ordonnance afin qu’il puisse commander le traitement. Ce lien ville-hôpital est extrêmement important. Des suivis rapprochés sont aussi faits concernant les nouvelles molécules.

Combien de temps dure ce suivi personnalisé ?

En général nous suivons les patients de manière hebdomadaire suite à la consultation avec l’hématologue pendant les 100 jours post greffe. Certains patients sont revus régulièrement même au-delà. En revanche, les plus autonomes ne sont vus que durant deux ou trois semaines. Ils savent que nous restons disponibles pour un échange en cas de besoin. Leur nouveau plan de prise leur est communiqué chaque semaine.

Vous insistez sur “l’empowerment” du patient…

Il est important qu’il soit impliqué en tant qu’acteur de sa santé, non seulement en lui apprenant à gérer ses traitements et à comprendre leur utilité, mais aussi à détecter et reconnaître les effets secondaires éventuels, identifier les situations à risque, notamment environnementales. Cela étant, nous restons toujours en soutien. Un échange permet par exemple de détecter la cause d’un effet indésirable qui est lié à une mauvaise compréhension ou à une prise inadaptée plutôt qu’à la maladie ou au rejet du greffon contre l’hôte. Exemple avec la prise de médicaments à jeun cause de nausées… Grâce à cet “empowerment”, nous avons vu des patients sortant d’allogreffe et suivis en soins de suite et réadaptation, capables d’intercepter d’eux-mêmes des prises de médicaments non conformes. Nous intervenons alors auprès des médecins et pharmaciens si nécessaire.

Enfin, les patients sont suivis via des questionnaires papier ou bien par télésurveillance via des objets connectés qui observent quotidiennement les signes cliniques, tension, température, surface des rougeurs éventuelles… On peut aussi évoquer des ateliers culinaires qui sont inclus dans ce parcours.

Pourquoi avoir ajouté l’intervention de patients partenaires au parcours ?

Car certains patients nous jugeaient “inaptes” à comprendre leur situation par manque de vécu de la maladie. Ainsi, depuis un an, deux patients partenaires, un homme et une femme ayant eu le même parcours, peuvent se mettre en relation avec les patients en présentiel ou en distanciel. Nous leur indiquons cette possibilité lors de l’entretien pharmaceutique de sortie.

Nous avons évalué toutes les étapes où pouvait intervenir le patient partenaire, seul ou avec un pharmacien ou un médecin, en présentiel ou en visioconférence. Puis des documents et des ressources numériques ont été élaborés et validés pour faciliter leurs entretiens et fournir des ressources à communiquer au patient. Ce sont les patients partenaires qui ont fourni toutes les questions qu’ils se sont posées avant, pendant et suite à la greffe, les traitements, les effets secondaires, la qualité de vie… Tout ceci constituant aussi in fine une foire aux questions disponible pour les patients.

Propos recueillis par François Silvan