Les programmes de suivi des traitements oraux en cancérologie expérimentent

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“Je crois à la généralisation des programmes de suivi des traitements oraux en cancérologie”

Déjà évalué via deux essais cliniques et un programme de recherche médico-économique (voir notre précédente interview), le suivi des patients sous anticancéreux oraux ONCORAL intègre la plus importante expérimentation “article 51″*. L’enjeu : faire entrer ce type de suivi dans le droit commun, explique Catherine Rioufol, pharmacienne-chef de service Pharmacie du Groupement hospitalier Sud des HCL, responsable du dispositif ONCORAL et présidente de la Société française de pharmacie oncologique.

Vous avez déposé un dossier “article 51” lié à l’initiative ONCORAL qui fait finalement l’objet d’une expérimentation nationale d’une durée de 33 mois. Quels en sont les contours ?

Le premier patient sera inclus le 1er octobre 2021. Il s’agit du plus gros projet “article 51” en France avec 45 sites (34 établissements) pratiquant ce suivi des chimiothérapies orales et quelque 15 000 patients éligibles en 33 mois. Les enjeux sont considérables puisqu’il s’agit de démontrer le bénéfice de ce suivi ville-hôpital et de le faire passer dans le droit commun avec une prise en charge par l’assurance maladie et une généralisation à tous les patients en France sous anticancéreux oraux.

En parallèle de la recherche clinique et médico-économique, l’article 51 constitue un magnifique projet de soins, de sécurisation de la prise en charge des patients, associé à une évaluation sans pour autant constituer un essai clinique : des indicateurs organisationnels remonteront pour permettre la rémunération des professionnels de santé. Mais nous remonterons aussi un certain nombre d’indicateurs cliniques, car l’article 51 a également pour objectif de démontrer le bénéfice clinique de ce suivi à grande échelle.

Dans quelle mesure avez-vous été en contact avec d’autres établissements parties prenantes pour adapter votre organisation ?

C’est un projet incroyable avec de très nombreux acteurs qui ont en effet partagé leurs expériences, tout en étant accompagnés par différents consultants. Le ministère de la Santé et l’assurance-maladie nous ont réunis, ce qui nous a permis d’échanger sur les interactions ville-hôpital, les indicateurs choisis et tout simplement sur le contenu du suivi et sur les métiers et acteurs impliqués.

ONCORAL étant un des plus anciens programmes de ce type, nous nous retrouvons dans la manière d’aborder le sujet. Mais l’expérimentation nous permettra de mieux formaliser le séquençage de ce parcours, qui sera commun à tous les établissements parties prenantes :

  • une première phase hospitalo-centrée le mois suivant la primoprescription ;
  • une deuxième séquence hospitalo-guidée de trois mois renouvelables avec un relais du suivi par les acteurs de la ville ;
  • une troisième séquence d’environ six mois en ville, où l’hôpital n’est plus là qu’en back-up et en recours.

Quels apports supplémentaires en attendez-vous ?

L’apport du numérique. L’article 51 nous incite à cette numérisation, à la fois pour favoriser la conciliation et le télésuivi, avec la détection plus précoce des interactions médicamenteuses et le suivi des effets indésirables. Cela nous permettra un accompagnement plus rapproché et très certainement une plus grande efficience dans le suivi à distance, avec plus de réactivité. Et ainsi d’éviter des hospitalisations non programmées, des passages aux urgences, avec la consommation de soins afférente liée à la iatrogénie médicamenteuse.

L’article 51 est donc pour nous un enrichissement et structurera davantage le lien avec la ville. L’assurance-maladie est tout particulièrement intéressée par ce point.

Cette expérimentation “article 51” vous conduit-elle, de ce fait, à des investissements informatiques ?

En effet, car l’expérimentation nécessite la remontée d’informations sur le parcours organisationnel (nombre de visites, durée des consultations, nombre d’intervenants…). Mais aussi la remontée de données cliniques à organiser depuis les services d’information hospitaliers (SIH) et les messageries sécurisées de santé vers la plateforme de l’assurance-maladie et vers celle de l’expérimentation nationale. De surcroît, nous sommes appelés à nous appuyer sur le numérique. A voir quelle sera ici la part des logiciels des SIH et celle des solutions de start-up. L’expérimentation va aussi permettre d’observer la souplesse et la réactivité des SI les uns par rapport aux autres (ville comme hôpital). Sans parler du recueil des données patient via le télésuivi. Le développement de l’interopérabilité sera primordial et bénéfique pour nous à terme.

Les forfaits de prise en charge prévus dans l’expérimentation “article 51” au niveau de l’hôpital comme de la ville sont-ils à la hauteur de l’investissement des praticiens ?

Oui, je crois. Ce sont des tarifs qui ont été discutés, partagés, challengés… Les premiers neuf mois de l’expérimentation seront consacrés à les tester en vie réelle et à déterminer s’ils ont été bien dimensionnés. Si cela n’est pas le cas, ils seront réajustés pour les deux premières années.

De tels parcours sont-ils appelés à se généraliser ?

Nous l’espérons très fort ! C’est le but d’ONCORAL que d’être partagé et d’évoluer au contact des autres établissements. Je suis persuadée que dès la première année de l’expérimentation, tous les établissements participants travailleront selon les mêmes mécanismes, avec la même rapidité dans le suivi, etc. Les autorités de santé nous attendent là-dessus et nous y aideront.

Propos recueillis par François Silvan