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Automatisation de la prise en charge du médicament : quelles technologies pour quels usages ?

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Si la crise sanitaire n’a guère été propice au déploiement concret de robots, la période a confirmé certains avantages d’une automatisation de la prise en charge du médicament, concomitamment à la logique de mutualisation territoriale déjà à l’œuvre. Dans ce contexte, les analyses réalisées juste avant la crise par l’Omédit et le Resah en Ile-de-France sont à étudier de près.

Dans une enquête réalisée à la demande de l’ARS auprès de l’ensemble des établissements sanitaires franciliens par l’Omédit et le Resah, la dispensation individuelle nominative (DIN) concernait 71% des établissements (pour une part importante en activité médico-sociale) et 8% l’avaient automatisée, essentiellement via des automates par sur-conditionnement (voir ci-dessous). Au-delà, 25% des répondants (60 établissements) disaient avoir un projet d’automatisation de la DIN, les trois quarts pour des besoins d’activités sanitaires, notamment en MCO. Plus de la moitié des projets étaient multi-établissements.

Une tendance de fond

Bien qu’encore minoritaire, l’automatisation obéit ainsi à une tendance de fond. Elle fait l’objet d’un regain d’intérêt avec la montée en puissance des groupements hospitaliers de territoires (GHT) et les besoins mis en évidence par la crise sanitaire, soulignait “SIH Magazine” en avril 2021. Les ARS poussent à l’automatisation pour les préparations des doses à administrer (PDA), le stockage et la délivrance (globale ou nominative) dans le cadre du plan Ma santé 2022. La revue spécialisée note l’existence de nombreux projets de mutualisation au niveau des établissements supports de GHT (on parle en effet d’investissements à plusieurs centaines de milliers d’euros, voire de plus de 1 million, relève l’Omédit IdF).

Motivation première : le redéploiement de personnels sur leur cœur de métier, avec un gain quotidien sur les déplacements de deux à trois heures par comptoir et une vitesse de préparation des ordonnances sans commune mesure avec les capacités humaines (une dizaine de délivrances par minute). Préalable de l’automatisation : une étude des modes de prescription, voire leur harmonisation. L’interopérabilité avec le logiciel de prescription et d’analyse des prescriptions étant un impératif pour garantir la qualité de la prise en charge. Dans ce contexte, l’Omédit Ile-de-France distingue six grandes catégories de technologies (sans compter les armoires informatisées des unités de soins) réparties en deux grandes familles d’automates.

Automatisation par reconditionnement

Au sein de la PUI, les automates de préparation des doses unitaires (PDU) par reconditionnement facilitent la PDU de blisters ou sachets pour les formes sèches. Mais ils nécessitent d’avoir procédé au préalable à un déconditionnement primaire. Les DU produites pourront être utilisées dans le cadre d’une délivrance globale (produits en dotation permanente stockés dans les unités de soins), d’une délivrance reglobalisée(en quantités strictement correspondantes aux besoins des patients)ou pour la préparation manuelle de doses nominatives. Avantage : l’accélération de la préparation des doses unitaires.

Quant aux automates de PDA par reconditionnement, ils consistent aussi à collecter le produit à partir des médicaments en vrac selon la prescription pour constituer des doses nominatives conditionnées en sachet unidose ou multidoses (spécialités regroupées par prise horaire). Avantage : une PDA automatisée et une réduction du risque d’erreurs. En revanche, le système n’est guère adapté à une utilisation territoriale (sauf en cas de DIN hebdomadaire).

Automatisation par sur-conditionnement

Les robots procèdent ici d’abord par découpe des blisters avant un sur-conditionnement en doses unitaires. On en distingue deux types : les automates de PDU limités aux formes orales sèches (FOS, les plus courants) et les automates toutes formes. Le stockage des DU a lieu dans un module intégré ou séparé qui peut alimenter, soit une délivrance globale ou reglobalisée, soit une DIN avec PDA manuelle. Le module de stockage peut aussi être couplé avec une PDA automatisée, y compris dans une logique territoriale avec un module PDA déployé en local (module supplémentaire du même fabricant).

Ici, le gros avantage est le respect du conditionnement primaire, et donc de la stabilité et de la date de péremption. Avec des retours produits possibles et une production qui peut être nocturne et anticipée. Si les modèles réservés aux FOS sont surtout adaptés aux longs séjours, les “toutes formes” sont aussi intéressants pour les courts séjours.

Stockeurs pour la délivrance globale

L’Omédit recense également les “simples” stockeurs, qui sont adaptés à la délivrance globale (en vue du stockage par boîtes dans les différentes unités de soins) et à la délivrance reglobalisée (stocks par DU). Interfacés avec le logiciel de gestion des stocks et le logiciel de gestion financière, les stockeurs rotatifs facilitent l’intégration manuelle des boîtes avec un système de guidage (le logiciel gère lui-même les zones de stockage), mais aussi les opérations de sérialisation. Par ailleurs, les robots stockeurs automatisent l’intégration, le stockage et la cueillette des boîtes ou de DU en PUI, en vue de leur délivrance globale. Les conditionnements sont conservés. L’alimentation et la sortie relèvent de bras manipulateurs. La délivrance globale est automatisée dans la mesure où le robot est interfacé avec le système de gestion du réapprovisionnement des unités de soins.

Avantages relevés : une réduction des erreurs de préparation ; une optimisation et une sécurisation du stockage ; une facilité de la cueillette. Ils sont particulièrement adaptés à une activité de délivrance globale importante, pour les médicaments à faible volume. Y compris en très court séjour. Les caractéristiques, cas d’usage, prérequis, fourchettes de coûts et principaux fournisseurs de l’ensemble de ces catégories d’automates sont détaillés sur le site de l’Omédit Ile-de-France.

François Silvan


Pour en savoir plus :

Guide de mise en œuvre de l’automatisation de la prise en charge médicamenteuse. (Omédit Ile-de-France)

Synthèse bibliographique (Omédit IdF)

Ressources et bonnes pratiques (Omédit Bretagne)

Retours d’expériences Grand Est (Omédit)

Recommandations du Club des Utilisateurs d’Automates de Préparation des doses à administrer

Projet de déploiement de DIN robotisée à l’APHP