Impact du contrôle glycémique précoce sur le risque de complications et de mortalité.

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Une vaste étude de cohorte auprès de patients atteints de diabète de type 2 a montré l’impact du contrôle glycémique obtenu au cours de la première année suivant le diagnostic sur le risque de survenue de complications diabétiques et de mortalité.

Méthodologie

Une étude de cohorte a été réalisée auprès de 34 737 patients (âge moyen de 56,8 ans +/- 11 ans) avec un diabète de type 2 nouvellement diagnostiqué (entre 1997 et 2003 aux USA) et ayant au moins 10 ans de survie (suivi moyen de 13,0 ans).

L’objectif était d’évaluer l’association entre le taux d’HbA1c (< 6,5 % ; 6,5 % à <7,0 ; 7,0 % à <8,0 % ; 8,0 % à < 9,0 ou ≥ 9,0 %) à diverses périodes après le diagnostic (0-1, 0-2, 0-3, 0-4, 0-5, 0-6 et 0-7 ans) et la survenue de complications microvasculaires (maladie rénale en phase terminale, maladie oculaire avancée, amputation), macrovasculaires (accidents vasculaires cérébraux, maladies cardiaques/insuffisances cardiaques, maladies vasculaires) et de décès.

Définition des périodes d’exposition précoces et des périodes de suivi

Résultats

Au cours de la 1ère année après le diagnostic :

  • 41.1% (n = 14 286) des patients avaient une HbA1c moyenne < 6, 5% (< 48 mmol/mol),
  • 16.9% (n = 5 877) des patients avaient une HbA1c moyenne entre 6,5% et 7,0% (48 à < 53 mmol/mol),
  • 13.6% (n = 4 730) des patients avaient une HbA1c moyenne entre 7,0% et 8,0% (53 à < 64 mmol/mol),
  • 4.1% (n = 1 418) des patients avaient une HbA1c moyenne entre 8,0% et 9,0% (64 à < 75 mmol/mol),
  • 3.7% (n = 1 290) des patients avaient une HbA1c moyenne > 9,0% (> 75 mmol/mol),
  • 20,5% (n = 7 136) n’ont pas eu de 2ème évaluation de l’Hb1Ac.

Les patients avec une HbA1c moyenne < 6, 5% (< 48 mmol/mol) la 1ère année après le diagnostic étaient plus âgés, plus souvent de type caucasien non-hispanique, moins fréquemment fumeurs, avec un IMC et un taux de cholestérol moins élevés que les patients avec une HbA1c moyenne ≥ 6, 5% (≥ 48 mmol/mol).

Impact sur le risque des événements micro et macro-vasculaires

Les patients avec une HbA1c ≥ 6,5% au cours de la 1ère année après le diagnostic de DT2 avaient un risque plus élevé d’événements microvasculaires et macrovasculaires vs ceux avec une HbA1c < 6,5% (Figures A et B) :

  • 6,5% ≤ HbA1c < 7%
    • + 20% de complications microvasculaires (HR : 1,204 [IC 95% : 1,063 – 1,365])
    • +19 % de complications macrovasculaires (HR : 1,188 [IC 95% : 1,116 – 1,264])
  • 7% ≤ HbA1c < 8%
    • + 39% de complications microvasculaires (HR : 1,391 [IC 95% : 1,226 – 1,578]) ⇨ +29 % de complications macrovasculaires (HR : 1,287 [IC 95% : 1,203 – 1,377]

Figure A : Événements microvasculaires (vs. HbA1< 6,5% [< 48 mmol/mol]).

Figure B : Evénements macrovasculaires (vs. HbA1c < 6,5% [< 48 mmol/mol]). HR ajustés en fonction de l’année du diagnostic, de l’âge au moment du diagnostic, du sexe, de l’origine ethnique, de l’IMC, de la pression artérielle systolique et diastolique, du cholestérol total, du cholestérol HDL, du statut tabagique, du taux d’HbA1c après chaque période d’exposition et des comorbidités.

Impact sur le risque de mortalité

Le risque de mortalité augmente chez les patients DT2 moins bien contrôlés au cours de la 1ère année après le diagnostic. (Figure C) :

Comparés à une HbA1c moyenne < 6,5% (< 48 mmol/mol) au cours de la première année après le diagnostic du DT2 :

  • 7% ≤ HbA1c < 8% augmente le risque de décès de 29% (HR : 1,290 [IC 95% : 1,104 – 1,507])
  • HbA1c ≥ 9% augmente le risque de décès de 32% (HR : 1,320 [IC 95% : 1,017 – 1,713])

Figure C : Mortalité (vs. HbA1c < 6,5 % [< 48 mmol/mol]). HR ajustés en fonction de l’année du diagnostic, de l’âge au moment du diagnostic, du sexe, de l’origine ethnique, de l’IMC, de la pression artérielle systolique et diastolique, du cholestérol total, du cholestérol HDL, du statut tabagique, du taux d’HbA1c après chaque période d’exposition et des comorbidités.

Conclusion : un mauvais contrôle du taux d’HbA1c au cours de la première année suivant le diagnostic est associé à une augmentation du risque de survenue de complications micro et macro-vasculaires ainsi que du risque de mortalité. Un traitement précoce et intensif pour les patients nouvellement diagnostiqués peut être nécessaire pour éviter un risque à long terme de complications et de mortalité. De plus, ces résultats suggèrent que l’historique du contrôle glycémique du patient au cours de sa vie peut être nécessaire pour comprendre pourquoi certains patients atteints de diabète de longue date développent des complications malgré un excellent contrôle ultérieur de leur maladie.

Laiteerapong N, et al. The Legacy Effect in Type 2 Diabetes: Impact of Early Glycemic Control on Future Complications (The Diabetes & Aging Study). Diabetes Care 2019;42(3):416-426. [Article en accès libre.]

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