Biomarqueurs dans les cancers ORL : du prélèvement à la décision thérapeutique
À retenir
- La qualité du préanalytique conditionne la fiabilité d’évaluation de l’ensemble des biomarqueurs en ORL.
- La p16 est indispensable à la stadification et possède une valeur pronostique propre, en particulier dans l’oropharynx.
- PD-L1 (score CPS) est le biomarqueur théranostique central pour l’accès à l’immunothérapie.
- Le score CPS est robuste et reproductible, malgré des limites prédictives.
- De nouveaux biomarqueurs émergent, mais restent pour l’instant en évaluation.
Dans les cancers ORL, la qualité du préanalytique constitue un déterminant majeur de la fiabilité d’évaluation des biomarqueurs, tant en anatomopathologie qu’en biologie moléculaire.
Le circuit du prélèvement (biopsie ou pièce opératoire) débute dès sa réception, à l’état frais ou fixé, permettant selon les situations la congélation de fragments, la réalisation d’examens extemporanés ou l’analyse après fixation.
Fixation et conservation : des étapes critiques
La fixation au formol est une étape clé, indispensable pour l’ensemble des biomarqueurs.
Elle doit respecter des durées strictes :
- entre 6 et 48h pour les biopsies,
- entre 24 et 72h pour les pièces opératoires.
Une fixation insuffisante ou excessive peut altérer l’intégrité des protéines et des acides nucléiques, compromettant la qualité des résultats.
Après la macroscopie, les prélèvements sont :
- inclus en paraffine,
- coupés,
- analysés par coloration standard, immunohistochimie ou techniques moléculaires.
La conservation des blocs à une température stable est essentielle pour éviter la dégradation des protéines et de l’ADN.
Les prélèvements congelés doivent être stockés à –80 °C, condition indispensable à une analyse fiable des ARN.
p16 : un biomarqueur central dans les carcinomes épidermoïdes ORL
La p16 constitue un biomarqueur majeur dans les carcinomes épidermoïdes des voies aérodigestives supérieures, avec une valeur pronostique reconnue.
p16 et infection HPV : une performance variable selon la localisation
L’expression de p16 est un marqueur indirect de l’infection par le papillomavirus humain (HPV).
Au niveau de l’oropharynx, elle présente une excellente performance diagnostique :
- sensibilité proche de 99 %,
- spécificité d’environ 92 %.
En revanche, en dehors de la localisation oropharyngée, la spécificité diminue significativement.
Dans ces situations, la confirmation du lien avec l’HPV nécessite des techniques complémentaires, telles que :
- la PCR,
- ou l’hybridation in situ.
Il est rappelé que la p16 n’est pas une protéine virale, mais un régulateur du cycle cellulaire. Sa surexpression peut également être observée dans d’autres contextes biologiques indépendants de l’HPV, notamment en cas d’altération de la protéine Rb.
p16 et stadification TNM
L’évaluation du statut p16 est indispensable à la stadification TNM des carcinomes épidermoïdes de l’oropharynx.
La classification diffère selon le lien ou non avec l’HPV, en particulier pour l’évaluation ganglionnaire.
Au-delà de son rôle dans la stadification, la p16 possède une valeur pronostique propre, les tumeurs p16 positives présentant globalement un meilleur pronostic que les tumeurs p16 négatives, y compris dans certains sous-groupes HPV négatifs.
PD-L1 : biomarqueur théranostique clé en ORL
PD-L1 est un biomarqueur théranostique majeur dans les carcinomes épidermoïdes ORL.
Il correspond au ligand du checkpoint immunitaire PD-1, exprimé sur les lymphocytes T, et permet d’évaluer la probabilité de réponse à l’immunothérapie.
PD-L1 peut être exprimé :
- par les cellules tumorales,
- mais également par les cellules immunitaires du microenvironnement tumoral.
Le score CPS : principe et indications
L’évaluation du biomarqueur PD-L1 repose sur le score CPS (Combined Positive Score), qui prend en compte :
- le nombre de cellules tumorales PD-L1 positives (marquage membranaire),
- le nombre de cellules immunitaires positives (lymphocytes et macrophages), rapporté au nombre total de cellules tumorales viables et multiplié par 100.
Un CPS ≥ 1 permet l’accès à l’immunothérapie dans les formes récidivantes ou métastatiques.
Conditions techniques et reproductibilité
La réalisation du test nécessite :
- des prélèvements récents,
- une conservation rigoureuse des lames/blocs,
- la présence de contrôles positifs et négatifs.
Plusieurs clones sont disponibles :
- 22C3, le plus utilisé dans les essais cliniques,
- avec une équivalence démontrée pour SP263, 28-8 et QR001,
- contrairement au clone SP142, déconseillé en ORL.
Les études montrent une excellente reproductibilité interobservateurs et interlaboratoires, confirmant la robustesse du score CPS pour la décision thérapeutique.
Perspectives : vers de nouveaux biomarqueurs en ORL
À ce jour, aucun biomarqueur ne permet de prédire de façon parfaitement fiable la réponse aux immunothérapies en ORL.
Le score CPS, bien qu’utilisé en pratique, présente des limites : certains patients répondent malgré un score faible, et inversement.
Pistes émergentes
Parmi les axes de recherche :
- les signatures transcriptomiques immunes, capables de stratifier partiellement les patients,
- les structures lymphoïdes tertiaires (TLS), dont seules les formes matures semblent d’intérêt biologique potentiel,
- l’immunofluorescence multiplexe, permettant une caractérisation fine du microenvironnement tumoral et des mécanismes de résistance, notamment l’expression conjointe de checkpoints comme PD-1 et TIM-3.
Dans les carcinomes épidermoïdes liés à l’HPV, l’ADN tumoral circulant de l’HPV apparaît comme un biomarqueur prometteur pour le suivi de la maladie, la détection précoce des récidives et potentiellement l’évaluation de l’agressivité tumorale.
Enfin, dans les cancers des glandes salivaires, bien que certains profils moléculaires soient identifiés (HER2, récepteurs aux androgènes), aucun biomarqueur théranostique validé n’est actuellement disponible.
FAQ
Uniquement dans l’oropharynx. En dehors de cette localisation, des techniques complémentaires (PCR, hybridation in situ) sont nécessaires.
Non. La reproductibilité est globalement bonne. La formation et les échanges entre pathologistes permettent de sécuriser l’interprétation.
Les études montrent une moins bonne équivalence, comparativement aux clones SP263, 28-8 et QR001, avec le clone 22C3, standard utilisé dans les essais cliniques.
Non à ce jour, en raison notamment de l’hétérogénéité biologique des carcinomes épidermoïdes.
Les données émergentes suggèrent un bénéfice potentiel, en particulier chez les patients avec un CPS élevé, mais ces approches restent en cours d’évaluation.
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