Dr Loïc Mourey, oncologue médical à l’Oncopole de Toulouse
L’âge médian au diagnostic d’un cancer tout type confondu est de 68 ans chez la femme et 70 ans chez l’homme¹. Pourtant, les patients de plus de 75 ans restent largement sous-représentés dans les essais cliniques, laissant les cliniciens face à des zones grises au moment de la décision thérapeutique.
Quelle efficacité et quelle tolérance à l’immunothérapie attendre dans cette population ?2 Quelles toxicités anticiper ? Le Dr Loïc Mourey, oncologue médical à l’Oncopole de Toulouse apporte des éléments de réponse concrets, appuyés sur les données les plus récentes.
Impact de l’âge sur la réponse clinique à l’immunothérapie
Le vieillissement du système immunitaire est marqué par deux phénomènes distincts : l’inflammaging, une inflammation liée à l’âge, et l’immunosénescence, une perte progressive d’efficacité immunitaire3. Ces deux phénomènes participent à un processus complexe qui peut compromettre le bon fonctionnement du système immunitaire et compromettre la réponse aux traitements immuno-modulateurs.4
Deux méta-analyses majeures convergent vers la même conclusion5,6 : celle de Ninomiya (2019) et celle de Huang (2020) suggèrent que les bénéfices de l’immunothérapie semblent similaire entre patients âgés et patients plus jeunes.
La méta-analyse de Ninomiya suggère que le bénéfice de survie lié à l’immunothérapie n’est pas dépendant de l’âge, quel que soit le type de cancer ou l’inhibiteur de checkpoint utilisé.6
Toxicités immunomédiées : un impact majoré après 70 ans
Chez le patient âgé, les comorbidités préexistantes, la polymédication et les syndromes gériatriques rendent les toxicités particulièrement impactantes sur le plan fonctionnel, même lorsqu’elles sont de grade modéré.7
Les données issues du registre français REISAMIC⁴, qui recense les effets indésirables sévères des anticorps monoclonaux immunomodulateurs en cancérologie en vie réelle, apportent un éclairage concret. L’équipe de Capucine Baldini a comparé l’incidence des EI-im de grade ≥ 2 chez des patients traités par immunothérapie en monothérapie, selon deux tranches d’âge.8 Résultat : dans cette cohorte française de vie réelle, les patients de plus de 70 ans présentent significativement plus d’effets indésirables de grade ≥ 2 que les patients plus jeunes, 33 % contre 25 %. Le profil de toxicité diffère également : les données du registre suggèrent un profil de toxicité différent selon l’âge, avec notamment une fréquence plus élevée des toxicités cutanées chez les patients âgés.8
Ces données soulignent l’importance d’une détection précoce et d’une prise en charge adaptée, non seulement pour limiter les conséquences des toxicités, mais aussi pour favoriser la récupération et permettre la poursuite du traitement.
Prise en charge et gestion des toxicités immunomédiées
Les recommandations existantes pour la prise en charge des effets secondaires immunomédiés ne traitent pas spécifiquement des patients âgés, faute de données dédiées. Elles reposent néanmoins sur les mêmes étapes clés : prévenir, anticiper, détecter, traiter et suivre.7
Avant toute initiation de l’immunothérapie, le dépistage systématique de la fragilité par le score G8 (test d’environ 5 minutes) doit être réalisé. En cas de score positif, une évaluation oncogériatrique complète permet d’identifier et d’optimiser les vulnérabilités : statut fonctionnel, polymédication, comorbidités et syndromes gériatriques. Cette démarche est déterminante pour la décision thérapeutique et le maintien sous traitement.7
L’éducation du patient et de son entourage joue également un rôle central : une détection et une intervention précoces en cas d’EI-im sont particulièrement déterminantes dans cette population pour limiter leur retentissement fonctionnel, favoriser la récupération et maintenir la continuité du traitement.7
Chez le patient âgé, les principes de gestion des effets secondaires doivent être personnalisés, en tenant compte des comorbidités préexistantes et de la polymédication.7
Bien que les corticoïdes restent le pilier du traitement des effets indésirables immunomédiés de grade ≥ 2, ils peuvent aggraver le diabète ou l’ostéoporose, plus fréquents chez les patients âgés, ce qui impose une vigilance renforcée.7
Chez certains patients sélectionnés, notamment les plus fragiles ou présentant des comorbidités susceptibles d’être aggravées par une corticothérapie prolongée, des stratégies d’épargne cortisonique peuvent être discutées au cas par cas dans le cadre d’une prise en charge multidisciplinaire.3
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INCA. Panorama des cancers en France. 2023.
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Rhyner Agocs G, et al. Immunothérapie : aussi chez le patient âgé ? Rev Med Suisse 2019;15(660):1512-5.
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Mailly-Giacchetti L, et al. Tolérance et efficacité des inhibiteurs de points de contrôle immunitaire en monothérapie chez les patients âgés. Bull Cancer. 2023;110(11):1204-1214.
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Gaultier De Saint Basile H, et al. Données d’efficacité et de toxicité des immunothérapies anti cancéreuses chez le sujet âgé – 5e journée de pharmacologie des anti-tumoraux. Bull Cancer. 2018;105(12):1202-1208.
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Huang XZ, et al. Efficacy of immune checkpoint inhibitors and age in cancer patients. Immunotherapy. 2020;12(8):587-603.
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Ninomiya K, et al. Influence of age on the efficacy of immune checkpoint inhibitors in advanced cancers: a systematic review and meta-analysis. Acta Oncol. Published online: 29 Nov 2019.
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Presley CJ, et al. Immunotherapy in Older Adults With Cancer. J Clin Oncol. 2021;39(19):2115-2127.
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Baldini C et al. Impact of aging on immune-related adverse events generated by anti-programmed death (ligand)PD-(L)1 therapies. Eur J Cancer. 2020;129:71-79.
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